Femina_28_Fantome_400

Une nuit en enfer

Posted on 30 novembre 2013 by Jean Art

C’était au mois de décembre 2004, j’étais directeur d’un fast-food à Ménilmontant depuis deux ans déjà. On avait pignon sur rue donc forcément je connaissais tout le monde dans le quartier.

J’avais trouvé un plan pour jouer dans un bar tous les samedi juste en face du cimetière du Père Lachaise, où j’avais rencontré Salima, qui était ma compagne depuis presque un an. On avait vingt trois ans tous les deux, ça se passait très bien donc on continuait comme ça. 

Ce soir là, je travaillais tard. Pendant tout ce temps, elle était chez des amis et avait prévu de me rejoindre chez elle, m’ayant préalablement donné ses clés au cas où j’arriverais avant. Effectivement, je suis arrivé avant.

J’attends et toujours pas de nouvelles de Salima, les heures passent et elle ne répond pas au téléphone. Les heures passent, j’appelle son entourage, personne ne sait. Impossible d’appeler ses amis, c’était une soirée de retrouvailles d’amis d’enfance donc je ne les connaissais pas.

La nuit continue et j’appelle les commissariats qui m’assènent leur baratin habituel : il faut attendre vingt quatre heures pour signaler la disparition d’un adulte, etc. Mais je la connais bien, ce n’est pas dans son habitude de ne pas donner de nouvelles alors je n’hésite pas, j’appelle les hôpitaux. Le temps d’en appeler, trois, quatre, le matin se lève déjà. Jusqu’à ce que j’appelle l’hôpital de Villejuif.

A force d’appeler pendant toute la nuit, j’avais déjà une phrase pré-construite qui sortait toute seule de ma bouche, et qui se terminait par le prénom et le nom de ma copine. J’entends dans un silence de quelques secondes la dame du standard taper sur son clavier puis qui me répond: 

Pour les décès, il faut faire le 08 à la fin du même numéro que vous venez de composer. »

Il n’y a pas de façon de bien annoncer une mauvaise chose, mais tout de même quoi! Putain! Elle devait bien se douter ! 

Je fonce à l’hôpital. Elle n’avait pas de famille, à part des frères qu’elle ne voyait plus. Mais il faut que la police soit sûre de l’identité du corps dans ces cas là et c´est moi qui l’ait reconnu. Cela m’a permis de la voir une dernière fois, n’ayant pas le droit d’avoir des détails comme je ne suis pas de la famille. Elle avait eu un accident de voiture: une autre voiture lui ait rentrée dedans et ils sont sortis de la route. Deux conducteurs, deux morts. 

Six mois plus tard, je change de portable, le mien se faisait déjà très vieux. Ecran noir et blanc à l’époque. Au moment où je mets ma puce et compose mon code, un nouveau message de Salima s’affiche. Mon coeur tombe littéralement. C’était un message texto qu’elle m’avait envoyé avant de prendre la route, quelques secondes ou quelques minutes avant l’heure de l’accident et que je n’avais pas reçu jusqu’à présent. Peut-être à cause de mon portable pourri. Ce message disait:

J’arrive, j’ai une grande nouvelle à t’annoncer qui me rend heureuse mais dont on ne pourra pas profiter cette fois-ci car tu comprendras, mais peut-être plus tard, qui sait. En tout cas, je suis heureuse.

Elle était enceinte.

JEAN ART

Facebook Comments

comments

Be the first to leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>