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Une journée en enfer

Posted on 1 juillet 2013 by Jean Art

J’avais six ans. On déménageait de cité en cité, de bâtiment en bâtiment, en attendant que mon père finisse de construire notre maison et il n’avait que le weekend pour le faire. On était déjà sept enfants et une huitième était en train d’arriver. Il y avait urgence.

J’adorais quand on allait chercher du sable pour faire le ciment. Pour moi, c’était un terrain de jeu de dingue donc j’accompagnais mon père tous les weekends. Je pensais, bien sur, à prendre mes petites voitures avant qu’on parte. Je m’amusais à faire des circuits dans le sable. Il fallait beaucoup de sable, qui était directement versé à l’arrière de la camionnette. Une fois versé, j’en profitais pour rester à l’arrière pendant que mon père roulait. Ça bougeait, c’était encore mieux.

On habitait Bobigny, notre future maison s’y trouvait aussi. Le magasin de construction se trouvait au Bourget. Il fallait à peine 20 minutes pour s’y rendre. Dès la première fois, j’avais bien lu le panneau à l’entrée de la ville qui disait:

« Ville du Bourget jumelée avec Amityville »

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J’ai eu la peur au ventre, mais je n’étais pas sûr d’avoir bien lu. Il fallait attendre d’être en direction de la ville pour voir ce panneau donc j’ai attendu le weekend d’après. Toute la semaine qui a suivi, la prof n’a pas arrêté de me prendre la tête.  J’avais tellement la tête ailleurs que je ne faisais rien. Pour moi Amityville, c’est le film « la maison de l’horreur », le film d’horreur Américain qui nous a tous traumatisé.

J’avais six ans, voir écrit Amityville sur un vrai panneau m’a tout d’abord fait très peur et ensuite m’a confirmé que le Diable existait vraiment. La maison hantée ne se trouvait plus dans un film ni dans un pays lointain, mais là! Au Bourget, pas loin de chez moi.

J’ai tout de suite demandé à mon père si Amityville existe bel et bien mais il ne sait pas lire et pas le temps de regarder des films. Bien sur, il n’a rien compris à ce que je lui racontais. Je lui ai dit que je l’ai lu sur le panneau et il m’a répondu que si c’est écrit, c’est que ça existe.

Alors tout le monde sait que le Diable existe, dans quelle ville il se trouve, et on ne fait rien? Me voilà traumatisé.

Mais cette journée ne se termine pas comme ça, voilà qu’elle empire. En fin de journée on est reparti en camion mais pour faire les courses cette fois-là. Mes parents étaient en pleine conversation. Je m’en souviens très bien. Ils parlaient de tous les débris dont mon père devait se débarrasser, qu’étant en ville, il valait mieux le faire au fur et à mesure. Les encombrants passent tous les premiers jeudi du mois.

Ma mère: « Ce jeudi, c’est les monstres. Faudra en sortir la veille pendant la nuit. »

En argot, le mot « Monstre » désigne les éboueurs spécialisés dans le ramassage de gros encombrants. Bien sur, je ne le savais pas, j’étais trop petit.

En une journée, j’avais appris l’existence du Diable qui habitait pas loin de chez moi et qu’il fallait pas sortir le premier jeudi du mois à cause des monstres qui existaient eux aussi.

Une journée en enfer, quoi.

JEAN ART

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