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Schizo Stories: Dr Guitare // Episode IV (fin)

Posted on 1 juin 2013 by Jean Art

On arrive en 2006, Ouali devient de plus en plus fou. Je travaillais tout le temps, et me produisait sur scène tous les weekends. Plus beaucoup le temps d’allez voir mon pote mais j’y allais dès que je pouvais.

Il m’avait prêté un petit ampli Fender, pour brancher sa guitare dans les bars. C’était parfait. C’était un prêt à long terme, mais il a commencé à m’appeler tout le temps. Il pensait, ne voyant pas son ampli revenir, que les flics me l’avaient pris pour récupérer les ondes enfermées dedans, afin de reconstruire des conversations qu’il avait eues.

Ouali: « Tu sais, ils sont pas cons les flics, ils cherchent tous les moyens pour écouter. Mon ampli a toujours été dans mon salon, et ça produit du son, un ampli, donc on peut aussi en récupérer. »

Je le lui ai vite rendu, ça ne servait à rien de le faire flipper encore plus que d’habitude.

Je restais avec lui, espérant un long moment de lucidité de sa part. Une fois, je suis arrivé à midi et on a eu une vraie conversation qu’à 19 heures. Il n’était plus rock’n roll, il ne voulait même plus écouter le vinyle des LED ZEPPELIN. Avant, dès qu’un nouvel ami entrait dans la bande, Ouali sortait toujours ce trésor.

Il y avait un grand miroir dans le fond du salon, c’était un petit salon avec une table ronde en plein milieu, là où tout se passait. Quand il n’était plus lui-même, il adorait se regarder dans ce miroir pendant qu’il racontait ses histoires de fous, alors que j’étais en face de lui.

Une nuit, je rentre du boulot vers deux heures du matin, le taxi me dépose devant chez moi. Je vois Ouali arriver en voiture en direction de chez lui, je lui fais des grands signes mais il avait tout le temps tellement peur de tout alors il ne lâchait pas la route des yeux. Ce n’était pas la première fois que j’essayais de le choper pendant qu’il roulait. Ça me faisait même plutôt rire de le voir flipper. Ça se voyait de toute façon, parce que dans les moments de panique, il tendait son front, ce qui lui faisait bouger ses cheveux comme une perruque qui bougeait d’avant en arrière.

Le temps d’ouvrir ma porte, j’entends un bruit sourd, puis un bruit de ferraille, puis à nouveau un bruit sourd etc. Je regarde, et vois la voiture de Ouali taper tout doucement toutes les voitures garées jusqu’à ce qu’il arrive chez lui. L’alcool n’a jamais été son truc, il n’en a jamais bu. Dès le lendemain je me pointe chez lui.

Moi: « T’as vu ta voiture dans quelle état elle est? Et toutes les autres de la rue? »

Je vois son visage devenir grave, limite étonné. On sort tout de suite voir sa voiture.

Ouali: « Putain! Ma voiture! Quel est l’enculé qui a fait ça? »

En fait, depuis quelques temps, il s’était mis à reprendre du LSD afin de trouver la bonne dose pour être normal. Avec autant d’années d’expérience dans la dope, il connaissait la drogue et surtout son corps. Il avait été déçu par la réponse du médecin, il n’avait plus qu’à se débrouiller lui-même. Donc, il cherchait la bonne dose de LSD pour ne pas subir le manque et pour ne pas être trop défoncé, pour ne pas être dans la folie non plus. Comme à un alcoolique qui tremble de manque, donnez lui déjà un verre et il ne tremblera plus.

Sauf que là, c’était plus subtil. Quand il a tapé dans toutes les voitures, il était en fait en pleine recherche. Et ça avait marché on va dire. Mais c’était devenu encore plus dangereux pour sa santé. Il découpait le buvard d’acide pour y récupérer la dose dont il avait besoin, et l’avalait avec un peu de Lexomil, un peu de coke et d’herbe pour finir. Et on a réussi à avoir de nouveau de super conversations, je l’ai remis à la guitare et il m’a ressorti des vinyles de sa cave: Donovan, Crosby Stills, Nash and Young, the Velvet Underground.

Et un soir de mai 2006, sa femme me téléphone en panique. Ouali ne va pas bien, il tousse beaucoup trop, une ambulance est en route. En même pas deux minutes, je me retrouve chez lui.

Il était assis sur son lit, à l’étage. Ne pouvant même plus relever la tête tellement il était pris de fatigue à force d’avoir toussé. Il se tenait la poitrine aussi.

Personne n’allait à l’étage en général, même pas moi. Il me disait qu’ils avaient honte avec sa femme parce que c’était sale. Quand je suis rentré dans sa chambre, il y avait des cheveux qui traînaient un peu partout, ça sentait l’humidité et il y avait des gobelets un peu partout de son côté du lit, remplis de crachas dus à sa maladie.

Le Samu est arrivé et ils m’ont fait descendre. J’arrive en bas, à la dernière marche et je croise le regard de sa femme. Elle était inquiète de tout ce qui pouvait descendre de cet escalier depuis que les médecins y étaient montés. Un son étouffé et court se fait entendre. On entend le médecin dire :

« C’est fini »

C’était Ouali qui venait de mourir d’une crise cardiaque. Les médecins nous ont laissés voir le corps un petit moment.

La tante de Ouali est arrivée en hurlant des bondieuseries pas possibles. Dieu va le sauver et tout le toutim. On est vite descendu la calmer. Pendant que les médecins du Samu étaient partis chercher de quoi descendre le corps, la tante de Ouali était monté seule. Et voilà qu’on l’entend, toujours à fond dans ses bondieuseries :

« Il est vivant, je l’ai vu respirer ! »

La femme de Ouali me regarde, en soupirant, l’air de dire qu’on avait pas besoin de ça. Nous on le savait, mais pas les médecins donc les voilà reprenant leur défibrillateur, courir à toute vitesse vers le corps, appelant tous les collègues en renfort.

Mais Ouali était bien mort. Il avait 56 ans.

Ce qui nous a le plus choqué, c’était le mal qu’ils ont eu à le descendre. L’escalier trop étroit, le plafond très bas, Ouail faisait 1m85 pour 90 kg. Savoir que c’était lui dans le sac et que même dans la mort, tout était compliqué pour lui.

Il a été enterré au cimetière musulman de Bobigny. Ni sa femme, ni moi, ne savons toujours pas pourquoi il s’était rebaptisé « Elie ». C’est le nom qui était gravé sur sa tombe.

Depuis, je vois sa femme une fois par mois, savoir si elle a besoin de quoi que ce soit.

Il n’y a pas longtemps, je lui ai fait quelques travaux et en échange, elle a tenue à m’offrir une guitare folk 12 cordes que Ouali s’était acheté en 1970.

JEAN ART

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What Others Are Saying

  1. Fanny 10 février 2017 at 17 h 01 min

    A me non diaipsce, però come diceva nano potevano far vedere pure fifa e CoD, visto che questi due giochi fanno sempre vendite record e quindi attirano non poco

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