hippie dr guitare

Schizo Stories: Dr Guitare // Episode I

Posted on 20 mai 2013 by Jean Art

C’était en mars 1997, j’avais 16 ans et je me débrouillais bien à la guitare, à la rythmique surtout. Sans avoir jamais pris de cours ou même rencontré une autre personne qui en jouait.

Déjà 2 ans que j’en jouais, mais tout seul, apprenant à l’oreille, je commençais à stagner. Ce jour-là, j’avais pris le métro pour aller rencontrer le cousin d’un pote qui jouait de la guitare mais il m’a mis un plan.

J’étais très déçu, j’en attendais beaucoup. Les seuls que je voyais jouer de la guitare, c’était mes héros à la télé.

J’avais 16 ans donc pas de thune, je n’avais pas les moyens de m’acheter une housse en même temps que la guitare alors j’avais un sac poubelle en guise de housse.

Arrivé au terminus du métro, un grand mec bien bâti de 48 ans, Algérien, cheveux longs, grain de beauté sur le pif, blouson en cuir et jean’s 501, me tape sur l’épaule. Il a tout de suite souri jusqu’aux oreilles et d’une voix douce, difficile à entendre et enroué à cause d’un abus de tabac:

« Je m’appelle Ouali, tu joues de la guitare et t’habites Bobigny? »

Il m’a tout de suite proposé de me donner des cours de guitare.

Il s’avère qu’il vivait dans la rue derrière chez moi. 30 ans qu’il y habite et moi en 16 ans je ne l’avais jamais vu.

J’ai trouvé ça normal quand j’ai compris qu’il avait vécu la grande période hippie, et qu’après une grande absorption de LSD et de pétards plus le changement de la société, il était devenu parano. Sortir de chez lui était un défi.

C’était le premier Maghrébin du quartier à avoir adopté le style « blouson noir ». Il était mal vu, pas du tout pratiquant, rockeur et tout ce qui va avec. Sa famille l’avait très vite repoussé puis le drame de sa vie est arrivé : il a perdu ses papiers vers la fin des années 60. Impossible de travailler sans papier. Il avait trouvé un boulot au black sur un chantier mais il n’avait jamais été payé, le patron ayant disparu une fois le chantier fini.

C’était quand même la révolution sexuelle et il se vantait d’avoir un gros attribut alors il était devenu gigolo au bois de Boulogne. Son surnom là-bas était « casse-cul ». Il se faisait énormément d’argent mais c’était trop dégueulasse pour lui.

C’est là qu’il s’est payé ses cours de guitares, la vague hippie était arrivée et il en était tombé amoureux. Fini le Bois de Boulogne, il s’était trouvé un squat hippie à Bastille. Mais la drogue faisait parti de tout ça, et Ouali était un meneur et surtout un homme fort.

Il portait un collier avec une petite boîte fine qui s’ouvrait, où il y mettait ses buvards de LSD. Il m’avait raconté qu’au bout d’un moment ils en avaient marre des trips joyeux avec les Beatles en fond sonore, ils s’étaient mis à préférer les bad trips. Donc ils gobaient du LSD jusqu’à ce qu’ils fassent un bad trip. Alors il leur avait vite fallu de la coke pour assurer la descente et un peu d’héroïne de temps en temps quand c’était trop dur.

Moi, je l’ai rencontré, il avait 48 ans donc tout ça, c’était fini, à part les joints. D’ailleurs ça l’avait rendu malade, il faisait crise cardiaque sur crise cardiaque.

Pour rouler ses joints, il prenait des tickets de métro qu’il roulait dans la longueur pour en faire un filtre. Ça faisait un long filtre qu’il bourrait de coton pour atténuer la fumée. Il mettait une petite boule de tabac à rouler dans une petite feuille où il ajoutait un tout petit peu de shit. Il tirait juste deux fois sur son joint et le posait dans le cendrier et en roulait tout de suite un autre et ainsi de suite.

De temps en temps il fumait sur le mien mais toussait pendant un quart d’heure.

Ouali:  » Vous savez pas fumer! Vous en mettez trop, et c’est quoi cette idée de coller deux feuilles ensemble pour faire des grands joints? Ca se partage. Et si t’en mets pas trop, tu pourras en rouler encore plus. »

Il se relevait souvent la nuit pour se remettre à la guitare donc il avait déjà plein de joints à disposition. J’étais fourré chez lui tous les jours. Il avait plein de guitares, d’amplis, et des vinyles de partout. Il me disait:

« Reviens demain, tu verras. »

Le lendemain, il m’accueillait avec trois ou quatre vinyles de groupe que je ne connaissais pas : Neil Young, Donovan, The Everly Brothers, The Stranglers. Y’avait pas youtube à l’époque.

Il m’a appris pas mal de truc sauf que lui se prenait la tête à toujours vouloir tout recommencer à zéro. 3O ans de guitares et il se rachetait des bouquins de débutant.

Puis, au bout de 3 ans après notre rencontre, il a commencé à devenir fou. En moins d’un an il était devenu schizophrène-paranoïaque.

Le LSD plus la perte de ses papiers l’avait bien attaqué, et il trouvait des excuses à sa folie en fouillant dans son passé.

En bon paranoïaque, il voyait des flics partout et pensait être recherché par toute la police du monde pour pédophilie parce que l’année de ses 8 ans, il se trouvait chez son oncle et sa petite cousine de 3 ans s’était assise par terre, sur un cure-dent. Elle portait une petite robe, pas de culotte. Le cure-dent s’était collé sur son sexe. Il décida de le retirer et à ce moment là, son oncle était entré dans la pièce et ça a porté à confusion. Ça l’avait bien sûr marqué et il l’avait emporté dans sa folie.

Un jour, j’avais trouvé du très bon shit et on en avait fumé pas mal.

Il voulait faire une course. Il fallait prendre la voiture alors on est parti. La route était un peu bouchée. On stationnait. Il a voulu doubler les voitures de devant et là…

On a vu un bus arriver droit sur nous ! Il a tout de suite mis un coup de volant qui nous a remis à notre place. Je n’ai pas vu ma vie défiler mais je ressens encore le coup de vent dans mes cheveux émis par la vitesse et la proximité du bus.

On se regarde tout de suite après le choc, j’attendais des paroles de réconfort et voilà qu’il me dit:

« Putain! T’as vu ce que j’ai fait ? Il est trop bon ton shit! »

La suite plus tard……

JEAN ART

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What Others Are Saying

  1. Pink 10 février 2017 at 13 h 54 min

    Okay I’m coivencnd. Let’s put it to action.

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