Mademoiselle Courchevel

Ma rencontre avec Mademoiselle Courchevel

Posted on 17 mars 2013 by Vida Marko

« Là où je suis n’existe pas ». C’est l’énigmatique citation de ton maître, l’artiste plasticien David Cintract. Une citation écrite sur ton corps de plastique, décliné sous plusieurs versions et disséminé en différents points de Courchevel, la célèbre et élitiste station de ski.

Courchevel 1850, la plus haute et la plus hautaine. Car comme toi, ma chère demoiselle, Courchevel est éclatée en diverses altitudes.

Oui ma belle, tu es aussi éclatée. Non pas seulement parce qu’il existe plusieurs versions de toi. Il n’y a qu’à regarder l’art projeté sur ton corps d’une beauté irréelle. D’ailleurs je note que ton papa a bien veillé sur tes divines proportions. En revanche, il t’a bien éclaté en un patchwork de dessins, de symboles, de références venant d’horizons tout aussi éclatés.

Ton corps luisant la neige ensoleillée attire les passants, petits et grands. On a envie de te toucher, te caresser, toi et tes courbes affinées.

Mais quelque chose nous retient, outre les règles de la bienséance. Un court-circuit se produit dans nos cerveaux humains qui ne peuvent traiter ces avalanches d’informations, qui ne peuvent les connecter. Les connexions neuronales ne se font pas alors on reste bloqués.

Bloqués sur quoi ? Sur cet éclatement d’images tout droits sortis de dessins animés et de jeux pour enfants : Superman avec une tête de blonde, Betty Boop, un panda qui joue au foot, Mickey en maillot de bain, des playmobiles, des robots bizarres, Spiderman prêt à tisser sa toile…

Sur ton imberbe maillot, on peut y trouver un petit nounours qui dit I love you, un papillon déployant ses ailes ou encore un ange souriant tenant un gros cœur.

Mais aussi des fruits, des fleurs, un Rubik’s cube, une canette de soupe Campbell, des visages féminins asiatiques, des scènes antiques et même un appétissant burger.

Parfois en patins à glace, sur une planche de surf, ou à skis avec une tête de mort empalée sur ton bâton, et souvent un sac à strasses. Mais toujours derrière ton masque et sous ton casque clouté et flanqué du nom du mouvement artistique de ton gourou : Pop Libre.

Sexy mais philosophe, tu arbores aussi cette inscription à l’intérieur de tes cuisses ou dans le creux de tes reins : « la vie est un sommeil dont il faut s’éveiller ».

Mademoiselle Courchevel's ass

Et cette phrase inquiétante sur ton décolleté : « c’est la faute à mes neurones ».

Et ce regard si triste. Tu pleures ? C’est bien toi, Mademoiselle Courchevel ?

Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu souffres de troubles dissociatifs de la personnalité.

Comme Courchevel, tu veux briller. Comme Courchevel, tu rassembles en ton sein diverses personnalités avec leurs rêves déstructurés : le paradoxe d’une société crispée sur ses besoins de consommer à l’infini. Tout et n’importe quoi, pourvu que ça la fasse exister.

Mademoiselle Courchevel, tu es un symbole parfait. Tu es tout et n’importe quoi. Ton Dieu David doit être fier de toi. Un brin satirique, l’œuvre de ce Dieu, n’est-pas ? Le même qui te fait presque faire un bras d’honneur à deux pas de l’office du tourisme.

Et le plus fort, c’est que tout le monde t’adore : les riches, les locaux, les élus municipaux, les saisonniers, les skieurs des Trois Vallées. Tous ces rêves rassemblés. Tu te moques, ils s’identifient, ils se moquent d’eux-mêmes. Ça résonne fort. C’est beau.

En revanche, je ne suis pas d’accord avec la citation de ton Dieu David :

« Là où je suis n’existe pas ». Oh si ma belle, tu existes bel et bien et pas qu’à Courchevel.

Vida M.

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