demoiselles de rochefort

Jacques Demy nous parle de son oeuvre, son processus créatif et du cinéma français d’aujourd’hui

Posted on 7 mai 2013 by Ghost Reporter

expo jacques demyQ : Jacques, que pensez-vous de l’exposition qui vous est consacré actuellement à la Cinémathèque Française ?

Elle n’a pas son choix en moi, j’aurais fait autrement.

Q : Comment auriez-vous fait ?

Il n’est pas question que je fasse quoi que ce soit sur mes cendres. J’aurais préféré faire autour de l’œuvre qui parle d’elle même que sur mon image. Mais soit, il faut faire plaisir à ceux qui organisent cela. Ils veulent être les dépositaires de mon œuvre alors laissez les faire. Mais je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur l’œuvre que sur la création de l’œuvre. Les coulisses ne m’intéressent pas. Le rêve s’éteint dès lors qu’on allume la lumière. Et la lumière fait sur les coulisses n’est en rien intéressante pour parler de mon œuvre.

Q : Quel est le sens de votre œuvre ?

Dans le mot œuvre je dis ouvrage. Je suis un artisan du rêve. Ce qui me plait n’est pas la réalité de l’histoire c’est ce que je peux tirer d’elle.

Q : Qu’avez-vous le plus aimé dans la réalisation de films ?

J’ai aimé mettre ma main au service d’une histoire. Le service est une chose importante car dans le service je me sens tenu par l’histoire et non son créateur, j’aime l’idée qu’elle prééxiste et que je la fasse naitre dans la lumière. Alors ce que j’aime le plus c’est de faire naitre quelque chose de déjà là et qui demande à être vu. J’ai l’impression que tout ce qui a été créé était déjà en moi et déjà créé. Et cela était un paisir de le voir éclore. Puis la main que j’avais avec une force qui se précisait alors j’ai aimé voir l’amélioration de ma technique, la sophistication de ma façon de faire, puis la simplicité qui en découlait. J’ai aimé me voir dans le travil. Ce processus là est une richesse pour un homme.

Q : D’où vient Peau d’Ane ?

J’ai aimé ces histoires étranges et sensuelles qui ont été dites autrefois et qui avaient un mystère qui me mettait en émoi. Et j’ai aimé entendre le mystère et aussi le chant en moi d’une autre vérité, une autre réalité qui tourne autour de nous comme une autre réalité parallèle mais plus chantante et plus colorée et j’ai aimé cela de faire naître ce qui n’était pas, qui ne ressembalait pas à notre monde mais qui était dans notre inconscient. Et j’ai aimé le voir naître ici. Alors d’où vient cela ? Je en sais pas, de souvenirs mais aussi de choses que j’ai vus et dont je me suis nourris dans mon enfance et qui éait là à l’œuvre déjà pour constituer ce que j’aillais faire. Alors te dire d’où vient Peau d’Ane, cela existe quelque part et demandait à être là, vu par nous.

Q : Quel film de votre oeuvre vous a-t-il le plus marqué ?

Celui qui n’a pas été créé. Tous m’ont marqué mais ils me marquaient tant que je les faisais naître. Et tous ont été aussi important mais celui qui marque est toujours le suivant car une fois établie, la liaison est finie en moi avec cela et je suis appelé ailleurs. Et ailleurs est toujours un appel très fort qui efface ce qui a été fait. Mais j’aime le fim avec Anouk (Lola, ndlr) qui est peut être celui où mon identité s’est propagée le plus dans l’œuvre. Les autres étaient des choix qui n’étaient finalement pas les miens car ils tapaient à la porte et me disaient quoi faire.

lola demy

Q : Que pensez-vous du cinéma français aujourd’hui ?

Je pense du cinéma qu’il est noir. C’est-à-dire que je ne vois aucune lumière. Si je te dis cela tu comprends car tu sais d’où l’on parle. Si la lueur est faible c’est à toi de déduire. Mais je pense que je ne peux vraiment donner mon opnion car cela ne m’intéresse guère. Je vais te dire, le cinéma français manque à sa parole.

Q : Quels conseils auriez-vous à donner au cinéastes d’aujourd’hui ?

De prendre leur faucille et leur marteau et de faire une révolution ! Il faut reprendre la méthode, reprendre le sens, reprendre tout ce qui a été fait et le défaire car il ne produit rien qui ne soit neuf et quel intérêt de voir ce qui a déjà été montré maintes fois. Hurler son être, sa souffrance d’être, qu’est-ce cela ? Toujours se voir et ne voir rien d’autre que sa souffrance et sa difficulté d’être, où est l’intérêt ? Je dis ce que je pense, il faut reprendre la relation à l’œuvre et non à l’homme. L’œuvre est plus importante que de montrer l’homme. L’homme peut être perçu de nombreuses manières et par de nombreuses voies, l’écriture en est la plus fralgrante. Mais l’œuvre c’est-à-dire ce prééxistant qui est une fome de réalité qui n’a pas de réalité et qui cherche à se faire voir dans l’oeil de ceux qui veulent voir, c’est cela que je pense qu’il faudrait remettre au jour. Et passer à une autre forme de discours, de méthode et vous avez les moyens technologiques d’accueillir bien plus de choses que ce que vous ne faites actuellement.

Propos recueillis par Ghost Reporter

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  1. FirstLawanna 6 octobre 2017 at 6 h 59 min

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